« Anatomie de l’enfer »: une déconstruction du rôle féminin

Laurence Lejour-Perras est étudiante à la maîtrise en études cinématographiques. Elle s’intéresse à la représentation du corps et de la sexualité dans le cinéma des réalisatrices contemporaines.

Vendredi 28 mars à 15h30

Résumé:
Ayant dénoté une tendance à la sexualité crue, dénuée de romantisme, à la limite du cadre pornographique dans le cinéma des réalisatrices contemporaines, je m’intéresse à la possibilité d’une corrélation entre l’émergence d’un « cinéma du corps » (logique visuelle atypique, déconcertante, graphique, de laquelle émane une vive sensorialité en ce qui a trait à l’intime, rapports sexuels non- simulés, intimité physique agressive) et celle d’un cinéma féminin assidu ces vingt dernières années. Prenant comme objet d’étude le long-métrage Anatomie de l’enfer (2004) de la cinéaste française Catherine Breillat, la présente communication aura pour objectif d’analyser si le cinéma de Breillat peut s’inscrire dans une démarche féministe par la déconstruction des genres et le discours critique face au rôle traditionnel féminin qu’il propose. Le film relate l’histoire d’une jeune femme (Amira Casar) qui se tranche les veines dans un bar gay. Un homme homosexuel (Rocco Siffredi) la trouve et la sauve. Suite à cet évènement, elle lui fait une fellation et lui demande « de la regarder par là où elle n’est pas regardable » en échange d’argent; elle le paiera pour l’en dédommager. S’en suivent quatre nuits où il la rejoint dans une maison pour « la regarder » ainsi que l’écouter parler d’elle, de ses désirs, du corps féminin, et des peurs qu’il suscite chez les hommes. Dans une perspective anthropologique, seront explicitées le renversement de la pudeur traditionnellement féminine et génératrice de sens érotique par l’utilisation de très gros plans, la monstration frontale des organes génitaux et des fluides corporelles; le sabotage de l’aura de mystère entourant les menstruations (Denise Jodelet 2007) par le discours critique de la protagoniste et la monstration du sang au personnage masculin; la création d’un univers anarchique par la réalisatrice, où la juxtaposition des genres abolit toutes les règles, toute possibilité d’interdit, et ainsi toute possibilité de transgression, faisant tomber l’érotisme à plat (Georges Bataille 1957); l’évocation du genre féminin comme un fardeau à porter, tant par la forme que le discours. Dans une perspective psychologique, seront analysés la fonction protectrice de l’auto-objectification de la protagoniste (Szymanski, Carr, Moffitt 2011) par elle-même et par la réalisatrice, ainsi que le caractère anti-érotique de la mise en scène d’une protagoniste exagérément passive, jouant à l’excès son rôle traditionnel selon son genre féminin (ibid.). Finalement, seront abordées les tentatives vaines de la protagoniste d’avoir un comportement agentique (Marie-Eve Lang 2011), notamment par le geste initial d’automutilation, ayant pour fonction de « changer son corps à défaut de changer [son] environnement néfaste » (David Le Breton 2004), ainsi que l’intérêt réflexif pour le spectateur que puisse porter le film de Breillat.

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