Architecture d’une femme-empire : Développement d’une figure féministe dans les écrits et les représentations publiques de personnalités médiatiques contemporaines.

Sandrine Galand étudie au doctorat en études littéraires. Ses études portent sur le développement d’une figure féministe dans les écrits et représentations publiques de personnalités médiatiques contemporaines.

Vendredi 28 mars à 8h00

Résumé:
Pour cette communication, j’aimerais me pencher sur l’étude d’une figure emblématique de notre culture populaire contemporaine, figure que je nommerai, à ce stade-ci de ma réflexion, la femme-empire. J’entends par femme-empire ce type de femmes parvenues aux hautes sphères du succès de l’industrie culturelle, ces personnalités médiatiques contemporaines – éditorialistes, présentatrices, chanteuses, réalisatrices, actrices, etc. – qui tapissent nos écrans de télévision et d’ordinateur. Je parle de femmes comme Ellen Degeneres, Tina Fey, Lady Gaga ou encore Oprah Winfrey et bien sûr, plus près de nous, Véronique Cloutier.

Plutôt que de comprendre le mot empire dans son acception plus traditionnelle ou didactique, je l’entendrai dans son acception la plus contemporaine, populaire. Il s’agira donc moins de traiter d’une autorité absolue ou d’état souverain, comme on l’entendrait pour l’Empire ottoman, l’Empire Romain ou encore la Chine Impériale, que de me tourner vers une acception contemporaine courante telle que nous la suggère la société de masse dans laquelle nous vivons. Je veux parler de femme-empire comme on parle d’empire financier, d’un empire industriel. Comme on parle de l’empire de la mode ou celui d’Apple.

En effet, les femmes de mon corpus forment elles aussi de véritables empires et n’ont rien à envier à feu Steve Jobbs. Dans la sphère culturelle, leur prolifération est résolument nouvelle. Le monde traditionnellement masculin des télécommunications et de l’industrie culturelle au sens large ne semble plus la chasse gardée d’un boys club. Certes, Larry King, David Letterman et les autres grands noms de la télévision sont toujours aussi populaires, mais depuis moins de trente ans, on remarque l’augmentation graduelle de femmes parmi les rangs. Ceci ne peut être – et ne doit pas être – compris comme quelque chose de banal. Ces femmes sont des personnalités médiatiques massivement publicisées. Elles se déclinent en produits dérivés et fan-club. Elles sont les produits d’une société de masse, mais elles sont également celles en déterminant les paramètres. Elles s’inscrivent dans la culture tout en la commentant, en la donnant à voir. Ces femmes possèdent un pouvoir, elles ne sont plus la simple construction d’autrui. Bien qu’elles fassent intimement partie de la culture de masse et qu’elles se déclinent à même son discours, je veux croire qu’elles ont choisi leur image, qu’elles la maîtrisent. Elles ont érigé, en quelque sorte, leur empire. Elles durent et persistent dans une sphère sociale où tout est éphémère, surtout pour les femmes. À l’ère des médias de masse et de la prolifération des réseaux sociaux, elles sont – littéralement – partout. Elles nous racontent leur vie et s’insèrent allégrement dans la nôtre.

Dès lors, le centre de ma problématique se situera en cette prise de parole : ce que cela veut signifie dire « je » lorsque « je » ne s’appartient pas. Comment penser cette modalité d’inscription bien particulière du sujet féminin dans le discours social alors que ce sujet a été fait objet? Dès qu’elles prennent parole, ces femmes le font dans un discours déjà précodé, prédéfini. Elles s’énoncent à partir des mêmes plateformes, des mêmes canaux, vers les mêmes destinataires. L’entièreté de leur succès repose sur cette représentation d’elles-mêmes qu’elles ont érigée, une brique à la fois.

Publicités