Déconstruction du genre, subversion et démocratie représentative, une incompatibilité?

Laurie Pabion est étudiante à la maîtrise en science politique (théorie politique). Ses recherches à la maîtrise consistent à articuler la déconstruction du genre avec une action politique collective.

Samedi 29 mars à 16h00

Résumé:
Que ce soit en réclamant les mêmes droits que les hommes, au titre d’individus, de citoyennes, et/ou de mères, en prônant la complémentarité homme/femme, ou bien en reconnaissant la diversité des femmes et des axes de domination, les luttes politiques et sociales pour l’émancipation des femmes et l’égalité homme/femme ont postulé une catégorie « femme ». Cette catégorie est, soit considérée comme un groupe homogène, soit comme hétérogène, mais il n’en demeure pas moins qu’elle garde un sens parce qu’elle participe de la délimitation du sujet politique « femme », permettant sa participation et sa représentation, aussi bien au niveau politique que social. Le problème de certaines théories féministes dominantes réside dans la tentative de circonscrire le sujet « femme », pour le rendre intelligible, et porter des revendications sur le plan politique. Cela peut avoir comme effet son enfermement dans une catégorie identitaire statique. Formulé de manière simpliste, l’échec réside dans le fait que bien que les femmes soient plus visibles et plus représentées, il n’en demeure pas moins qu’elles continuent à être traitées différemment, parce qu’elles sont des femmes – et donc perçues et comprises avant tout comme telles. Il ne s’agit pas de dire que toutes les femmes sont pénalisées également, que la représentation serait une source directe d’oppression, mais plutôt de mettre en garde lorsque les chiffres d’augmentation de la participation des femmes à la vie publique peuvent masquer certaines réalités invisibles plus qualitatives.

C’est pour cette raison que la démarche de déconstruction de la logique binaire homme/femme, chez Judith Butler, nous apparaît si pertinente pour repenser les rapports de pouvoir de genre et tenter de les déstabiliser. Cette recherche se propose de critiquer, en adoptant la perspective féministe de Butler, 1) la formation du sujet politique « femme » en ce qu’elle constitue une forme d’exclusion, 2) le modèle démocratique représentatif qui se veut le moyen privilégié pour véhiculer des revendications politiques et sociales, tout du moins dans les pays Occidentaux. En conclusion, il est pertinent de questionner la difficulté de mener des actions subversives, qui tentent de mettre à mal les normes établies en dévoilant leur facticité, quand la scène politique représentative rejette ce type d’actions.

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