Jugement de goût et altérités : esthétiques rhétoriques du même et du différent

Gaëlle Étémé est étudiante au doctorat en sociologie à l’UQÀM. Ses travaux portent sur la relation entre la formation de la pensée de la différence par les mythes et les idéalités esthétiques normatives.

Vendredi 28 mars à 10h00

Résumé:
Les logiques d’appartenances identitaires à l’instar de l’antagonisme racial noir/blanc aux États-Unis sont formalisées au sein de registres esthétiques dont nous avons jusqu’ici, négligé la vocation à générer et à situer les identités racisées de sexe. La réflexion est d’importance, car elle ramène l’analyse du processus de formation de la pensée de la différence à sa catégorie de l’expérience la plus évidente à savoir le jugement de goût, entendu comme normalisation d’une idéalité esthétique relevant notamment du travail des apparences. Ainsi, au lieu d’être réductible à la conséquence d’un rapport de pouvoir (sexe, « race », classe…), le jugement de goût s’impose comme un foyer de l’hégémonie culturelle. En effet, il détermine les catégories nominales de classement et les hiérarchies sociales en cristallisant les expériences collectives à l’intérieur de mythes tels que les régimes d’altérité de couleur noire/blanc, d’où jaillissent et s’éprouvent les discours, les représentations et le sentiment d’appartenance à une identité globale.

Partant de récits d’émancipation postcoloniaux d’africaines-américaines, l’objet de cette communication est de montrer d’une part, comment le jugement de goût se construit dans la contingence des rapports sociaux où s’illustrent entres autres les alliances historiques des régimes d’autorité masculins subalterne et dominant. D’autre part, il s’agira de mettre en évidence la qualité systémique du jugement de goût dans sa capacité à organiser l’existence et l’exercice du pouvoir d’un groupe en circonscrivant la formation des identités racisées de sexe dans la réalisation de trois finalités : de transcendance, normative et coercitive.

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