Les Amazones de Josée Marcotte, ou comment construire un roman au risque de l’intertextualité.

Catherine Bond est étudiante à la maîtrise en littératures de langue française à l’Université de Montréal. Elle s’intéresse à la science-fiction féministe ainsi qu’à l’œuvre romanesque de Victor Hugo.

Vendredi 28 mars à 14h30

Résumé:
Dans le champ de la science-fiction, que les femmes écrivains n’ont investi que récemment, le roman Les Amazones (2012) de Josée Marcotte a de quoi surprendre, ne serait-ce que par sa forme courte, disloquée, qui ressemble beaucoup plus à un recueil de poésie qu’au genre romanesque. On n’y explique pas les détails technologiques du fonctionnement d’une machine à voyager dans le temps. On ne nous raconte pas non plus l’arrivée d’un étranger dans un lieu qu’il est le premier de sa race à visiter.

Que nous raconte ce roman inusité ? Une société matriarcale despotique qui se désagrège suite à une révolte. À la manière des narrats d’Antoine Volodine, la narratrice des Amazones, Tirésia – dont le nom se transforme à la fin du roman pour devenir celui du célèbre devin de Thèbes, Tirésias – juxtapose des fragments de récit appartenant à ses camarades tombées au combat. Ces récits font usage de nombreuses références textuelles, ce que Marcotte appelle des « poussières de femmes fortes », provenant de différents horizons : la Bible, les mythologies gréco-latine et égyptienne, la culture populaire, etc.

À certains égards, Les Amazones semblent n’être qu’un vaste intertexte, qui a assez peu à voir avec la science-fiction traditionnelle. Il semble que l’intertextualité, trait d’écriture revendiqué par la postmodernité, soit ici utilisée comme une sténographie narrative, qui laisse le récit dans un état embryonnaire parmi les possibles envisageables. Afin de souligner le caractère original de cette écriture science-fictionnelle au féminin, nous analyserons brièvement la réécriture des figures de Tirésias, des Parques et des Amazones, ainsi que les références aux Anges mineurs de Volodine et à 1984 de George Orwell, afin de montrer la manière dont les emprunts à des textes de nature et d’époques différentes servent à illustrer la tyrannie de cette société matriarcale, mais également comment ils appellent à aller à la rencontre avec l’Autre.

Publicités