Négocier son féminisme ‘occidental’ en contexte Ouest-Africain: genre, race et post-colonialisme à l’Université de Cape Coast

Karine Geoffrion est doctorante en anthropologie culturelle. Elle s’intéresse aux genres et sexualités non-normatives en Afrique ainsi qu’aux intimités transnationales.

Vendredi 28 mars à 10h30

Résumé:
L’université au Ghana est une institution à l’image de la société ghanéenne : patriarcale (voir Lundgren et Prah 2010). Les relations entre pairs, avec le corps administratif et avec les étudiants sont structurées par les inégalités sociales entre hommes et femmes. Le travail académique au sein des départements est lui aussi genré. Entre autres, à l’image de la distinction entre sphère domestique (domaine féminin) et sociale (domaine masculin), il y a une division claire entre les domaines de recherche attribués aux chercheurs et ceux relégués au chercheures (Boeku-Betts 2005, Prah 2002).

Cette communication se veut un retour réflexif sur mon expérience de professeure—à la fois femme, jeune et « blanche » —dans une université ouest-africaine ou j’ai enseigné pendant trois ans ; et sur l’évolution d’une approche féministe qui me suit maintenant à travers mon cheminement doctoral à l’université de Montréal.

Dans un premier temps, j’analyserai les positions relatives des chercheures, en tant que femmes, au sein de la hiérarchie genrée qui prévaut à l’université. Dans un second temps, j’analyserai les tensions et hiérarchies raciales que j’ai vécues à travers le filtre de ma « Blancheur ». A l’aide d’une perspective intersectorielle, je problématiserai mes statuts combinés de Femme et de « Blanche » au sein d’une université ghanéenne, deux marqueurs qui soulèvent des sensibilités et des enjeux de pouvoir. Mon expérience soulève des questions éthiques et politiques exacerbées par le contexte postcolonial au Ghana, questionnant la légitimité même de mon rôle de chercheure et d’activiste (féministe et occidentale) sur le terrain. Enfin, j’examinerai les façons dont mon expérience du féminisme au Ghana m’a permit de revisiter les relations de genre au Québec avec un angle plus critique.

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