Pole-fitness et pole-dancing : la constitution de la respectabilité féminine par le contrôle de la sexualité

par Valérie Beauchamp
Valérie Beauchamp est diplômée de la maîtrise au département de sociologie de l’UdeM. Son mémoire, déposé en août 2013, porte sur la centralité du sexiness dans la constitution de l’identité féminine contemporaine. L’objet de recherche du mémoire, le pole-fitness comme activité de loisir et de mise en forme, fut un terrain idéal pour explorer la complexité des interactions entre pratiques disciplinaires et stratégies de résistance dans le rapport à soi que se construisent les adeptes de cette activité.

Ses intérêts de recherche porte sur les réinterprétations féministes de l’œuvre de Michel Foucault ainsi que sur les théories intersectionnelles. Durant son parcours scolaire, elle a aussi été influencée par les études postcoloniales ainsi que par les études critiques de la blanchité. Elle est particulièrement intéressée par la formation discursive post-féminisme, soit des discours apolitiques sur l’agentivité des femmes, comprise comme une récupération néolibérale des luttes féminismes des années 60 et 70.

Vendredi 27 mars 2015 à 14h00
Local B-3225

Résumé:
Cette présentation se base sur l’étude des motivations de femmes à pratiquer le pole-fitness ainsi que sur les significations que celles-ci donnent à leur pratique. Cette recherche de terrain comporte deux volets, une observation-participante et des entretiens, avec des adeptes de ce sport inscrites dans un studio montréalais. Le choix de ce sujet s’explique par le débat polémique dans les milieux féministes sur l’analyse valable des pratiques visant l’acquisition de sexiness chez les femmes. Le pole-fitness, activité dérivée des danses érotiques dans les bars, représente un exemple de ces pratiques adoptées par les femmes pour développer leur côté sexy. L’analyse des résultats a montré une réalité plus complexe que ce que plusieurs recherches sur cette activité avaient conclu par le passé, c’est-à-dire une pratique qui permettrait l’empowerment sexuel des femmes.
Ainsi, notre recherche appelle à des interprétations nuancées des techniques de soi permettant l’acquisition de sexiness.

Dans cette présentation, nous aborderons un volet de cette analyse, celui des différences que les adeptes de pole-fitness utilisent pour se distinguer des danseuses érotiques à travers la dichotomie sexy / vulgaire. Nous verrons que ces distinctions s’opèrent à travers l’idée de contrôle associée aux classes sociales supérieures où des femmes aisées peuvent s’approprier des pratiques culturelles associées aux classes populaires, et donc à la vulgarité, sans perdre leur légitimité par ce contrôle qu’elles exercent sur leur sexualité. De fait, cela laisse supposer une modification dans la féminité respectable contemporaine où certaines femmes peuvent choisir de mettre en valeur leur côté sexy de façon disciplinée sans que cela ne remette en question leur féminité. Ainsi, ce nouveau sujet féminin, caractérisé par cette possibilité d’afficher une sexualité active sans mettre en péril sa féminité, représente une nouvelle hégémonie qui se base, entre autres, sur la position sociale des femmes en termes économiques.

Pour suivre ou contacter l’auteur:
valerie.beauchamp.bcj@gmail.com

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