Pour un féminisme « sans frontières »? Réflexion sur une praxis féministe de la décolonisation

par Hind Fazazi
Étudiante à la maîtrise au département de philosophie, Hind Fazazi travaille sur la subjectivation en contexte de mobilisation sociale. Elle s’intéresse à l’épistémologie féministe et aux féminismes tiers-mondistes et postcoloniaux.

Samedi 28 mars 2015 à 12h00
Local B-3325

Résumé:
Cette communication tire son origine d’une croyance profonde dans le pouvoir et la signification de la pensée féministe dans les luttes contemporaines pour la justice sociale et économique, croyance partagée avec la théoricienne Chandra Talpade Mohanty. La penseuse, appartenant au courant féministe postcolonial et transnational, est née et a grandi en Inde. Selon elle, le féminisme est une recherche ayant pour objectif non seulement un savoir, mais un savoir émancipateur. L’objectif sera d’expliquer sa perspective, exposée dans l’ouvrage ‘’Feminism without borders : decolonizing theory, practicing solidarity’’, concernant les objectifs et les espoirs du féminisme à notre époque, dans un monde postcolonial, globalisé et capitaliste. La communication comportera deux moments expliquant les deux étapes fondamentales pour un féminisme postcolonial, intersectionnel et émancipateur, selon Mohanty:

1- Moment de démantèlement : Une critique à l’interne des féminismes ‘’occidentaux’’, qui reproduisent une forme de colonisation discursive. Ce sera l’occasion d’expliquer l’utilisation non-conventionnelle du mot  »colonisation » faite par bien des féministes post-coloniales. Le terme peut en effet servir à caractériser la démarche de production d’un discours cliché sur le tiers-monde. La colonisation, prise dans un sens général, implique une relation de domination structurelle et la suppression de l’hétérogénéité des sujets. (Cette section sera plus courte que la seconde)

2- Moment de construction : Une formulation autonome des intérêts féministes ainsi que de stratégies historiquement, géographiquement et culturellement ancrées, dans l’objectif de créer un ‘’féminisme sans frontières’’.

L’objectif du projet féministe postcolonial et transnational est d’avoir une conscience accrue des frontières en tant que traces du colonialisme. Ce projet veut aussi insister sur des visions inclusives du féminisme, qui doivent à la fois absolument porter attention aux frontières et essayer de les transcender. On ne peut nier les limites entre les nations, les races, les classes, les sexualités, les religions et les incapacités. Un féminisme sans frontières doit tout de même envisager le changement social à travers ces lignes, être sensible aux pluralités simultanées et au potentiel émancipateur de la tentative de traverser ces frontières.

En ce début de XXIème siècle, cette approche nous semble la plus pertinente en ce qui a trait aux luttes pour la justice économique et sociale. Le XXème fut une époque de bouleversement qui ne permet pas, à notre sens, de penser l’action et la théorie féministe de la même manière au XXIème siècle. Dans ce contexte, et malgré les avancées du féminisme, les défis auquel il doit faire face ont beaucoup changé. Sexistes, racistes et hétérosexistes, nos institutions politiques et sociales produisent toujours des politiques régressives et encouragent, en plus de cela, un consumérisme capitaliste toujours plus exacerbé.

Il est nécessaire pour un féminisme sans frontières d’avoir une praxis correspondante. D’où l’usage d’un cadre conceptuel féministe antiraciste, ancré dans la décolonisation, engagé dans une critique anticapitaliste et utilisant le principe de solidarité féministe concrète. Je m’évertuerai donc, dans cet exposé, à expliquer la nécessité et les ambitions d’une telle praxis féministe.

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