Suprématie humaine, patriarcat et suprématie blanche: Perspective écoféministe sur l’intersection des oppressions

par Christiane Bailey
Christiane Bailey est doctorante en philosophie de l’Université de Montréal. Elle rédige une thèse sur la phénoménologie de la vie animale et les droits des animaux dans une perspective écoféministe.

Samedi 28 mars 2015 à 15h50
Local B-3325

Résumé:
Le mouvement pour la protection des animaux est largement composé de femmes, mais les liens entre féminisme et libération animale ainsi qu’entre patriarcat et suprématie humaine sont encore méconnus. Suivant une approche écoféministe qui soutient que les oppressions humaines sont liées à la domination des autres animaux et de la nature, nous verrons comment les conditions matérielles et idéologiques de l’exploitation des animaux ont facilité et facilitent encore la domination de certains groupes humains considérés comme inférieurs.

Plusieurs progressistes craignent que reconnaître des droits aux animaux aurait pour effet de dévaloriser ou de fragiliser les droits humains puisque cela priverait la gauche d’une de ses stratégies favorites qui consiste à soutenir que les humains sont dotés d’une dignité dont seraient dépourvus tous les autres animaux. Renforcer la hiérarchie de l’espèce et sanctifier l’humain permettrait, selon certains humanistes, de protéger les humains du danger de déshumanisation et d’animalisation. À l’aide d’analyses écoféministes et de recherches empiriques, je soutiendrai que cette stratégie n’est en fait ni juste, ni efficace.

Les défenseurs des animaux ne doivent pas se contenter de critiquer le spécisme des humanistes-suprémacistes, mais ils doivent également dénoncer les tactiques racistes, sexistes et habilistes (« ableist ») qui discréditent le mouvement de défense des animaux. Nous verrons des exemples de campagnes à éviter et d’actions à privilégier afin de développer un mouvement qui soit réellement progressiste et solidaire des autres luttes pour la justice sociale et environnementale.

Les antispécistes ont beaucoup à apprendre des luttes féministes. La représentation populaire des féministes comme des personnes qui haïssent les hommes et le stéréotype des défenseurs des animaux comme des personnnes qui haïssent les humains, encouragent la marginalisation et la stigmatisation de ces deux luttes. S’opposer au patriarcat et à la suprématie humaine, ce n’est pas être « contre les hommes », mais contre la domination et la violence des hommes envers les femmes et les autres animaux. Être féministe et végane, c’est s’opposer à l’idée d’une domination naturellement juste des plus puissants et combattre les privilèges qu’un groupe s’est injustement arrogé par la violence, l’intimidation, la religion, le droit et la tradition.

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