« Un coeur d’homme » : Figures de subversion féminines

Par Philippe Depairon
Philippe Depairon est étudiant en histoire de l’art à l’Université de Montréal. Il s’intéresse surtout aux stratégies picturales qu’emploient les artistes pour exprimer leur identité au sein de leurs oeuvres.

Samedi 19 mars,
Panel 4, de 10h30 à 12h
Salle S1-139 – Pavillon Jean-Coutu

Résumé

Je propose une lecture de certaines œuvres créées par des artistes féminines afin de démontrer que beaucoup d’entre elles subvertissaient ou, à tout le moins, peuvent être interprétées comme ayant subvertis les genres établis comme masculins. Dans son célèbre article « Why Have There Been No Great Women Artist » publié en 1971, Linda Nochlin soulignait, d’une part, comment les femmes avaient été mises de côté dans l’histoire de l’art occidentale et comment les travaux de l’époque avaient voulu jeter un éclairage sur ces artistes méconnues (1971). Parmi les créatrices qui ont eu du succès, les exemples de Rosa Bonheur, Shelley et Louise Labbé sont d’autant plus frappants parce que, d’une part, elles se sont fait un nom dans des genres dits « masculins», (soit la peinture équestre, le roman et la poésie, respectivement), d’autre part, parce que leurs correspondances avec le sexe masculin est souvent rappelé. De cette façon, les accoutrements masculins de Bonheur et de Labbé sont souvent évoqués, tandis que le célèbre roman Frankenstein (1818) serait surtout le résultat d’une collaboration entre Shelley et son mari, comme si ces artistes ne pouvaient créer des oeuvres importantes à cause de leur sexe. Comme je démontrerai, leurs oeuvres ne sont pas seulement des reproductions de ce qui se faisait alors par l’autre sexe, mais aussi, une subversion des genres et une réappropriation. En reprenant les motifs « masculins », en critiquant la domination de l’homme sur la femme, en donnant voix à des femmes avec un vocabulaire « masculin », ces artistes critiquaient de l’intérieur ce qu’elles avaient dû outrepasser.

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